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20162017_Neige_BlandineSavetier©FERNANDEZJeanLouis_007

Le silence de la Neige 

“ Si tu prêtais plus d’attention à la taille des flocons
qui tombent du ciel comme des plumes d’oiseau,
tu pressentirais que ce voyage va bouleverser ta vie…
Tu ferais peut-être demi-tour. ”

Le poète Ka, revenu de son exil à Francfort, est recruté par un journal stambouliote pour enquêter sur des suicides de jeunes filles voilées à Kars, ville de l’extrême est de la Turquie et suivre les élections municipales qui vont s’y dérouler. Dans cette ville frontière coupée du monde par une tempête de neige et en pleins troubles liés à cette élection à haut risque, il se retrouve pris entre les autorités kémalistes laïques et les islamistes, qui tous veulent instrumentaliser les filles voilées, les suicides et le poète qu’il est. Ka est venu aussi à Kars pour retrouver la belle Ipék, jadis connue à l’université. La neige qui nimbe la ville lui confère une poésie mélancolique, propre aux lieux oubliés du monde, où se répondent avec une intensité fiévreuse le vide existentiel et la recherche du sens.

Neige est un roman ample, le plus foisonnant de l’œuvre d’Orhan Pamuk. L’auteur y plonge dans les grands problèmes politiques qui secouent la Turquie contemporaine : islamisme, laïcité, nationalisme, démocratie, tradition et européanisme, richesse et pauvreté.
S’appuyant sur une trame politique, il déploie une réflexion sur la liberté et le suicide, l’art et l’amour, la foi et le sens de la vie, la solitude et la question de l’appartenance. J’ai souhaité donner à entendre la richesse et l’actualité de cette œuvre, m’emparer de ses thématiques brûlantes, faire vivre avec le langage du théâtre le dialogue entre l’Europe et l’Orient, à un moment où les crispations identitaires et religieuses nous enferment dans des logiques meurtrières, de part et d’autre de la Méditerranée.
Orhan Pamuk a placé son roman sous le signe de la tragédie, sans se priver d’un humour qui peut tourner à l’ironie. Il en a fait un roman politique au sens noble du mot, parce qu’il interroge les pensées profondes, intimes par lesquelles des hommes tentent ainsi de donner un sens à leur vie.
“ L’art du roman, c’est la façon dont on peut changer la représentation qu’on se fait de l’autre, de l’étranger, de l’ennemi ”. Transformer la perception des frontières entre nous et les autres.
Blandine Savetier

Distribution

mise en scène Blandine Savetier
adaptation Waddah Saab, Blandine Savetier
avec l’aide amicale d’Orhan Pamuk
dramaturgie et collaboration artistique Waddah Saab
assistant à la mise en scène Florent Jacob
scénographie Ludovic Riochet
en collaboration avec Blandine Savetier, Florent Jacob
accessoires et assistanat à la scénographie Heidi Folliet
lumières Daniel Lévy
musique SAYCET
vidéo Victor Egéa
costumes Léa Gadbois-Lamer
dessins et graphisme Jérémy Piningre

avec Sharif Andoura , Raoul Fernandez, Cyril Gueï, Mina Kavani, Sava Lolov, Julie Pilod, Philippe Smith, Irina Solano, Souleymane Sylla 

Production Théâtre National de Strasbourg, Compagnie Longtemps je me suis couché de bonne heure
Coproduction La Filature − Scène nationale de Mulhouse, Théâtre des Quartiers d’Ivry − La Manufacture des OEillets, Le Liberté − Scène nationale de Toulon, La Criée − Théâtre national de Marseille, Maison de la Culture de Bourges, La Comédie de Saint-Étienne − Centre dramatique national
Avec le soutien de La Colline − théâtre national, du TARMAC − La Scène internationale francophone, de la Gaîté Lyrique et des Plateaux Sauvages, de la Friche la Belle de Mai, des Rencontres à l’échelle pour les résidences de création
Avec l’aide de la DGCA, de la DRAC Hauts-de-France et du Conseil départemental du Pas-de-Calais
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National
Le spectacle fait partie du programme CircleS de l’Institut Français
D’après le livre Neige de Orhan Pamuk − Copyright 2002, Iletism Yayincilik A.S All rights reserved

Tournée

création

Théâtre National de Strasbourg – du 1er au 15 février 2017 

 

tournée 2016-2017

Le Bateau Feu à Dunkerque – le 14 mars 2017

Théâtre des Quartiers d’Ivry – Manufacture des Œillets – du 18 au 28 mars 2017 

Théâtre de la Criée à Marseille – du 26 au 28 avril 2017 

Théâtre Liberté de Toulon – les 11 et 12 mai 2017

 

tournée en 2017-2018

La Comédie de Saint-Etienne

La Maison de la culture de Bourges

La Filature de Mulhouse

Revue de presse

 

Arte, Le journal TV

http://info.arte.tv/fr/ohran-pamuk-une-voix-qui-porte

 

L’Humanité, lundi, 6 Février, 2017

Théâtre. L’impossible retour du poète au pays natal

par Sophie Joubert

Après avoir travaillé pendant trois ans sur l’adaptation du roman, Blandine Savetier signe ici un beau spectacle polyphonique, servi par des acteurs de toutes origines.

Après avoir travaillé pendant trois ans sur l’adaptation du roman, Blandine Savetier signe ici un beau spectacle polyphonique, servi par des acteurs de toutes origines. Jean-Louis Fernandez

Blandine Savetier adapte Neige, d’Orhan Pamuk, un roman sombre et douloureux sur un poète turc écartelé entre des forces contradictoires.

Enveloppé d’un grand manteau gris acheté à Francfort, Ka est de retour en Turquie, dans la ville de Kars, à l’extrême est du pays. Il neige sans discontinuer. Un grand cercle de poudreuse jonche le sol. Poète, exilé en Allemagne depuis douze ans, il est envoyé dans cette ville de province par le quotidien de gauche d’Istanbul Cumhuriyet pour couvrir les élections municipales. Depuis plusieurs mois, la ville est secouée par le suicide de jeunes filles voilées. Une tragédie que chacun interprète à sa manière, selon qu’il est laïc ou musulman pratiquant.

En panne d’inspiration, Ka n’a pas écrit de poèmes depuis plusieurs années. Le retour à Kars et les retrouvailles avec une femme aimée, divorcée d’un militant islamiste, vont lui faire retrouver le chemin de la création et de la foi. Douloureusement. Neige est le parcours d’un homme qui doute, dont les convictions, l’athéisme et le profond ancrage en Occident sont remis en question au contact des habitants de cette bourgade hostile. Des femmes, la belle Ipek et sa sœur, devenue la pasionaria des filles voilées, le directeur d’une troupe de théâtre et, surtout, Bleu, un islamiste recherché par la police et accusé de terrorisme.

Une scénographie froide, hostile et fermée

À cour, une palissade est tapissée d’affiches rouges : « L’être humain est un chef-d’œuvre de Dieu, le suicide est une insulte. » Froide, hostile, fermée, la scénographie est à l’image de ce que vivent les personnages : une immense cage hérisse le grand plateau de l’espace Grüber du Théâtre national de Strasbourg. Sur des échafaudages, sont projetées des images vidéo de Kars, militaires dans la neige, paysages urbains ou découpes de fenêtres orientales rappelant le double ancrage du pays. Certaines scènes sont jouées à l’intérieur des herses, restituant l’atmosphère étouffante, la peur, la surveillance.

Blandine Savetier et Waddah Saab ont travaillé pendant trois ans sur l’adaptation du roman, avec « l’aide amicale de l’auteur ». La dramaturgie du spectacle est limpide, précise, respectueuse du rythme et de l’amplitude narrative du roman. Elle suit l’itinéraire mental de Ka (Sharif Andoura, magnifique), personnage trouble, complexe, dont les certitudes s’effritent à mesure qu’il s’enfonce dans les profondeurs d’un pays qu’il ne connaît pas. C’est un homme faillible, parfois lâche, traversé en amour par des pulsions violentes. Comme le Dostoïevski des Carnets du sous-sol, il est écartelé entre tradition et modernité, l’attrait de l’Europe et la colère contre les intellectuels occidentalisés. Une thématique qui cède la place, dans la deuxième partie du spectacle, à celle de l’engagement de l’artiste à travers la figure du directeur de la troupe de théâtre (Philippe Smith), metteur en scène de sa propre mort.

À la lumière des événements récents en Turquie, cet ouvrage, Neige, publié en 2002, apparaît comme visionnaire. Tout est là : la violence politique, les tensions entre islam et laïcité, entre la capitale et la province, l’individu et la communauté, l’Europe et l’Orient, les atteintes à la liberté d’expression. On ne saurait pour autant réduire cette grande œuvre de fiction à ses liens avec l’actualité, Blandine Savetier l’a bien compris. Elle signe un beau spectacle polyphonique, servi par des acteurs de toutes origines, qui plonge au cœur des questionnements de l’être humain et de l’artiste. « Je veux un Dieu qui comprenne ma solitude », dit Ka, éternel prisonnier d’une tempête de neige qui ne finit jamais.

Neige, d’après le roman d’Orhan Pamuk, mise en scène Blandine Savetier, au TNS (Strasbourg) jusqu’au 16 février 2017, puis en tournée.

EN CE MOMENT

 

Neige, d’après le roman d’Orhan Pamuk

du 18 au 28 mars 2017

à La Manufacture des Oeillets – Théâtre des Quartiers d’Ivry, Centre dramatique national du Val-de-Marne

du lundi au vendredi  à 19H, off le mercredi le samedi à 18h et le dimanche à 16h

http://www.theatre-quartiers-ivry.com/fr/le-theatre/undefinedla-manufacture-des-oeillets