LA PETITE PIECE EN HAUT DE L’ESCALIER Carole Fréchette

 

Que le chant parle, c’est ma prière
Nous regarderons ensemble
Nos yeux sont grands ouverts
Mais où est la scène, mesdames et messieurs :
à l’intérieur ? à l’extérieur ?
[…]

Prologue du « Château de Barbe Bleue »,
opéra de Béla Bartók, livret de Béla Balász


Il était une fois dans une immense maison, une jeune femme, Grâce, qui vient d’épouser Henri, le riche propriétaire des lieux. Le jeune mari part en voyage et laisse sa belle femme –presque – seule dans la luxueuse maison, en l’invitant à y déployer ses ailes, mais en lui faisant promettre de ne jamais entrer dans la petite pièce au bout du couloir, en haut de l’escalier dérobé. Grâce est dès lors mue vers la pièce interdite par une pulsion irrésistible, que viennent perturber les voix d’Henri, de sa mère Jocelyne et de sa sœur Anne, en réalité ou en fantasme. Tout se passe sous le regard de Jenny, la bonne mystérieuse.

La petite pièce en haut de l’escalier est construite comme un conte de fées. On y retrouve le fantastique qui caractérise ce genre, des personnages inquiétants, une héroïne qui subit une tentation, secoue une constellation familiale étouffante, traverse une épreuve comme une initiation, en mettant en cause son existence. La menace qui pèse sur Grâce, et qu’elle met en branle par ses actes, nous entraîne dans une intrigue haletante.

Mais il y a plus que cela dans cette œuvre énigmatique. En réécrivant « Barbe Bleue » plus de trois siècles après Perrault, Carole Fréchette pénètre au cœur de ce qui fait encore résonner ce conte en nous, après le vingtième siècle qui nous a donné les progrès de la science, la psychanalyse, et la lancinante répétition des tragédies humaines.

Comme Henri et Jocelyne, la mère trop aimante, nous nous bâtissons des images convenues, des figures forcées du bonheur. Les médias de masse nous bombardent d’images et de slogans – publicitaires et politiques – qui forgent cet autre « conte de fées moderne » d’un bonheur fait de richesse matérielle, d’accumulation de beaux objets et de jouissance apparemment insouciante. Et nous refoulons dans nos chambres interdites tout ce qui constitue la tragédie d’être humain, inlassablement répétée sous mille formes par les générations successives.

La petite pièce en haut de l’escalier réinterprète ce conte ancien qu’est « Barbe Bleue » pour déconstruire le « conte de fées moderne » d’Henri et Jocelyne, mais aussi les certitudes d’Anne, la sœur « dure comme une roche ».

Pareille à Grâce fascinée devant la porte de La petite pièce en haut de l’escalier, je suis portée vers la pièce par une pulsion venue de l’enfance, de ce temps où la vie précédait la connaissance, où les vraies larmes n’avaient pas encore fait place à la mélancolie. Un temps aussi où le théâtre intérieur pouvait recéler naturellement tout le monde extérieur. C’est de cela dont il est question dans la mise en scène de cette petite pièce.

 

Blandine Savetier

La Petite Pièce en haut de l’escalier de Carole Fréchette créée au Festival Mettre en scène 2008 à Rennes, puis au Théâtre de Rond-Point, à la Comédie de Béthune, au CDN de Vire, à Châtellerault et Saintes.

 

« Les contes de Fréchette : Carole Fréchette est québécoise, elle écrit un théâtre goûteux et doux, du moins à première vue… Dans le spectacle La petite Pièce en haut de l’escalier, une jeune fille danse et chante « Un jour mon prince viendra… », il viendra ce prince de la haute finance et maître d’un mystère : que contient sa chambre obscure en haut de l’escalier ? Ses mensonges ? Toute la misère du monde ? L’inconscient du couple ? On ne le saura pas. Une mère, une sœur et une bonne hantent ce remake de Barbe Bleue, commande du comité de lecture du Théâtre National de Bretagne dans une mise en scène de Blandine Savetier charmante et inquiétante. »
Odile Quirot, Le Nouvel Observateur, Les choix de L’Obs, Théâtre,  janvier 2009

« Jeux de Fréchette : […] Dans ses pièces, elle pose comme un sourire sur le monde, quelque chose de l’enfance. Chez elle pourtant aucun angélisme. Tchékhov reste son maître qui ne verse ni dans le lyrique ni dans l’héroïque, mais avec lucidité, s’occupe de l’imparfait, des petites choses de la vie, de la fragilité. Créer des univers de conte tout en gardant un pied dans le réel le plus profond, le plus secret de l’humain : tel est aujourd’hui son désir. L’Islande « un pays qui me ressemble » exprime bien quelque chose d’elle et de son écriture : très calme, assez sage en apparence, mais avec de l’eau bouillante qui court sous la terre et jaillit en geysers. La mise en scène de Blandine Savetier inventive et intense nous tient en haleine sur le bord de l’abîme. Une pièce aux images fortes (telles un bouquet de roses rouges sang renversé sur le sol blanc ou les apparitions qui peuplent cette petite pièce) qui reste en mémoire et appelle une foule de questions. Autant dire une pièce réussie. »
S.B-G. Télérama Sortir, janvier 2009

« Une nouvelle pièce pas très Fréchette…L’auteur a comme on dit du métier. Et une commande, cela ne se refuse pas. Etait-elle en manque d’inspiration, a-t-elle ressorti de ses tiroirs un vieux projet un peu essoufflé ? A-t-elle été pressée par le temps ? Toujours est-il que le résultat, La petite pièce en haut de l’escalier est lui aussi une petite pièce qui manque de corps (certains personnages sont réduits à quelques gros traits) et d’arrière cours. L’héroïne épouse un homme riche qui lui ouvre les portes de sa maison de vingt pièces sauf une, celle du secret, celle qu’elle voudra ouvrir bien sûr, sous l’œil d’une servante revêche comme il se doit, dévouée à son maître comme on pouvait s’y attendre.
 Cette adaptation libre de l’histoire de Barbe Bleue ne manque pas de conte mais de fée. Il manque la féerie, la peur, toutes ces choses qui nous font frissonner. On a proposé à Blandine Savetier de mettre en scène La petite pièce en haut de l’escalier. Ce n’est pas la première jeune metteure en scène à qui on propose de monter une pièce qu’elle n’a pas choisie. Et que, lecture faite, elle n’aurait sans doute pas souhaitée montée avec une farouche volonté. Mais comme les metteurs en scène indépendants ont beaucoup de mal à monter leurs propres projets, Blandine Savetier a accepté cette commande. Elle fait ce qu’elle peut et elle ne manque pas de créativité, ses actrices et le scénographe aussi. L’équipe du spectacle sauve les meubles. Blandine Savetier arrive même à mettre de la féerie dans cette pièce qui en manque tant. »
Jean-Pierre Thibaudat, Rue 89, janvier 2009

« Ils font de cette Petite pièce en haut de l’escalier un joli conte sur les amours adolescentes : Il serait beau, forcément charmant et puis riche, jeune, attentionné (etc., etc., etc.) Quoiqu’on proteste, c’est toujours la même guimauve qui agglutine les promesses de bonheur éternel. La rengaine commence au berceau avec les contes merveilleux et ça continue avec les cucuteries télévisées qui distillent leurs images enrobées de glamour frelaté. Le prince charmant avec son cortège d’espoirs rose-bonbon, caracole inlassablement dans les têtes. Increvable, Moderne, il a su s’adapter… Carole Fréchette donne une libre adaptation de Barbe-Bleue, qu’elle tire vers un conte initiatique sur les amours adolescentes. Qu’y avait-il dans la petite pièce interdite avant que la première femme de Barbe Bleue s’y glisse par effraction ? Double caché d’Henri ? Part obscure ? Douleurs inconsolables ? Tout ce qu’on voudra bien y projeter en fin de compte… Autant dire que le jeu des symboles reste ouvert. D’autant que Carole Fréchette tend à fond la contradiction entre le désir de jouir du luxe et l’angoisse de la chambre noire. Blandine Savetier place la pièce dans la psyché de grâce, encombrée de tous les clichés de jeune princesse. Elle s’appuie sur une scénographie clinquante comme un plateau télé, semée d’escaliers, sans issue et opte pour un jeu stylisé, débarrassé de toute psychologie et de tout naturalisme. Les comédiens Marie-Laure Crochant et Eve Gollac en tête, tiennent l’équilibre entre inquiétude et fantastique. Ils font de cette Petite pièce en haut de l’escalier un joli conte sur les amours adolescentes. »
Gwénola David, La terrasse, le 7 janvier 2009

« Mettre en scène nos coups de cœurs : tordu mais classe. Un décor d’un blanc immaculé, des personnages sapés comme dans un conté de fée : La petite pièce en haut de l’escalier bascule dans l’irrationnel lorsque Grâce désobéit à son mari et ouvre la porte de la fameuse petite pièce où croupit le côté obscur, peu reluisant de son tendre époux. Le conte de Barbe Bleue, revu en plus tordu par Carole Fréchette, est mis en scène avec classe par Blandine Savetier. »
Corinne Bourseillon, Benoit le Breton, Gérard Pernon, Ouest France, Novembre 2008

« Le comité de lecture du TNB a commandé une pièce inédite à la dramaturge québécoise et l’a accompagnée tout au long de son travail d’écriture. La mise en scène a été confiée à Blandine Savetier dont l’ingénieux dispositif recèle moult pistes et mystères. D’une parfaite tenue, le résultat est à l’unisson de la manifestation, dont François Le Pillouër, directeur du TNB, assume la programmation pointue et exigeante, 25 spectacles dont 7 créations. Son objectif : Montrer des choses qu’on ne voit nulle part ailleurs. »
La Croix, Bruno Bouvet, novembre 2008

« ***La petite pièce… tragi-comédie surréaliste : La petite pièce en haut de l’escalier, Roméo Castellucci en fait le lieu de l’inceste dans son Purgatorio d’après Dante créé au dernier festival d’Avignon, Charles Perrault, lui, y accrochait au mur les cadavres des épouses de son Barbe Bleue. Entre deux atrocités, l’auteure québécoise, Carole Fréchette, ne choisit pas et fait de La Petite Pièce […] l’endroit de toutes les horreurs, de toutes les bassesses réelles ou refoulées. Blandine Savetier fait les choix d’une mise en scène réaliste et onirique, quand tout bascule, quand Grâce pénètre dans la petite pièce comme on ouvre la boite de Pandore. Superbe inspiration que cette messe noire, ce rite satanique, orchestré par des personnages mi-hommes, mi bêtes, accompagnant Grâce dans sa rencontre physique, délicatement charnelle avec un grand gaillard anonyme, au visage écrabouillé, maintenu dans la pénombre et censé symbolisé le côté obscur de chacun d’entre nous et/ ou de l’humanité toute entière. Car cette Petite Pièce […] tragi-comédie surréaliste, élargit le débat, sans jamais sombrer dans le moralisme grandiloquent. Les mots de Carole Fréchette sont au contraire, d’une simplicité et d’une précision telles que l’on suit la pièce comme on lirait un roman, illustrés avec astuces et élégance par Blandine Savetier. »
Benoit Le Breton, Ouest France, novembre 2008

LA PETITE PIECE EN HAUT DE L’ESCALIER

de Carole Fréchette

 

Mise en scène
Blandine Savetier

DISTRIBUTION
Avec
Marie-Laure Crochant  Jenny
Eve Gollac  Grace
Laurent Meininger  Henri
Amandine Pudlo  Anne
Natalie Royer  Jocelyne

Dramaturgie
Waddah Saab
Scénographie / Installation
Emmanuel Clolus
Lumières
Laïs Foulc
Musique
François Marillier
Costumes
Sabine Siegwalt
Accompagnement pour le travail du corps
Loïc Touzé et Carole Perdereau
Régie générale
Guillaume Defontaine
PRODUCTION

Cie Longtemps je me suis couché de bonne heure 

Avec le soutien de la DRAC Nord-Pas de Calais | du Conseil régional Nord-Pas de Calais | de la SACD Fonds Syndéac | du Jeune Théâtre National

Coproduction Théâtre national de Bretagne | Théâtre du Rond-Point à Paris | Arcadi

DATE DE CREATION
novembre 2008 Théâtre national de Bretagne, festival Mettre en scène, Rennes
TOURNEE

Théâtre de Cornouaille | Scène nationale de Quimper | Théâtre du Rond-Point à Paris | Comédie de Béthune | Théâtre de Châtellerault | Scène nationale de Saintes

DUREE DU SPECTACLE
1h25