L’ASSASSIN SANS SCRUPULES Henning Mankell

Quand le mal commence-t-il ? De quel mal l’Hirondelle veut-il se venger ? Quelle est la pulsion inconsciente qui entraîne Hasse à le suivre dans une escalade d’actes de plus en plus dangereux et gratuits ? Quelle est la nature de cette fascination qu’exerce « l’Hirondelle » sur Hasse ?

Entre les deux adolescents de L’assassin sans scrupules, se met en place une relation fondée sur la domination et la dépendance. Du haut de sa position sociale supérieure, de ses jumelles et de son trône, l’Hirondelle a une conscience aiguë de la violence du monde des adultes, qui passent leur temps à se faire hypocritement du mal. Il préfère être l’auteur de la violence que de la subir. Il se situe d’emblée au-delà du bien et du mal, on a toujours une raison de se venger de quelqu’un puisque chacun a quelque chose à se reprocher.
Hasse, qui souffre de l’injustice d’être né dans une famille pauvre, non choisie, se laisse entraîner par une force irrésistible à faire avec l’Hirondelle « ces actes qu’il ne désire pas », fasciné par les attributs de sa richesse, par sa capacité à braver les interdits, par sa force d’imagination et son don de manipuler la parole. L’Hirondelle représente tout ce qu’il n’est pas, son père occupe une fonction sociale importante tandis que celui de Hasse, chômeur et dépressif, lui renvoie une image complètement défaillante.

Les autres personnages, un quatuor féminin, seront les victimes des deux adolescents. La figure étrange de Janine, la fille sans nez, une sorte d’ange qui chante et s’efforce toujours de comprendre, la naïveté poétique d’Aurélia qui s’adresse à Dieu comme à son voisin, font un contrepoint à la violence et la complexité qui baignent la pièce, puisqu’elles arrivent à dépasser le cycle de l’injustice et de la vengeance.

Qu’est-ce qu’être différent ?
La question de la différence a été un axe majeur de la mise en scène. On la retrouve dans la différence sociale entre l’Hirondelle et Hasse qui induit une relation complexe fondée sur la domination, la fascination ou le rejet. On la retrouve aussi dans la présence de personnages hors normes, fantasques ou dans le désir de l’Hirondelle d’être inoubliable.

L’assassin sans scrupules est construit comme un roman noir qui tient en haleine par une tension psychologique croissante, qui porte la mise en scène. Celle-ci s’appuie sur la coexistence continuelle entre la cruauté véhiculée par le narrateur Hasse et la poésie des situations et de l’espace. Cette coexistence est naturelle chez les enfants qui peuvent avec un langage simple et rude dire la réalité sans fard et en même temps nous ouvrir à un imaginaire poétique. La grande force de l’écriture de Henning Mankell est de nous faire appréhender de manière sensible cette dualité du monde de l’enfance. J’ai souhaité mettre en contraste la spontanéité du langage, son coté tranchant, et les images féeriques créées par les situations et les caractéristiques des personnages: le pont de chemin de fer sous la neige sur lequel Aurélia se fige de froid en offrant du café à Dieu, l’invitation qu’elle lui adresse sur une immense banderole brodée par ses soins, les groseilliers de Janine vernis par les deux adolescents, la panoplie de nez de celle-ci, la maquette du voilier « la Célestine » qui symbolise le rêve de la mère, un chat invisible…

La pièce de Henning Mankell se présente à la fois comme un rejet et une initiation au monde des adultes. Sa grande qualité est de toucher avec une grande simplicité de moyens à la complexité des adolescents, de dire sans détours la cruauté qui nous entoure et de la transcender par un imaginaire poétique. C’est ce qui m’a donné le désir de la monter pour un public jeune, mais aussi moins jeune, à une époque caractérisée à la fois par la perte des repères et un besoin outrancier de simplifications.

 

Blandine Savetier, mars 2005

L’assassin sans scrupules de Mankell créé au Temple de Bruay la Buissière en 2005, puis en tournée au Théâtre National de Liège, au TGP à Saint-Denis, au Grand Bleu à Lille, au Théâtre de Blanc-Mesnil, à La Comédie de Béthune, à Viry-Châtillon, à Juvisy, à Massalia à Revest-les-Eaux.

« Mankell, troll d’énigme… « Une odeur de faits divers persiste dans les rues de Bruay. Depuis quelques jours il y est question d’un assassin sans scrupules. Mais cette fois l’auteur a été vite identifié, il s’agit du suédois Henning Mankell, star du roman policier. L’auteur a ici commis une excellente pièce de théâtre… Le monde des trolls, ces djinns du nord a tôt fait de s’inviter sur le plateau dont le sol est jonché d’une neige fraîche où glissent arbres et acteurs. Et nous voici rendu au pays de Peer Gynt comme si cette pièce cosmique en était un écho voire une alcôve. Ce glissement sémantique et poétique doit beaucoup à Blandine Savetier qui signe là une première mise en scène très prometteuse et à ses interprètes. Belles variations fuguées sur l’adolescence enfouie. Le lieu où se joue la pièce en est comme le prolongement…Tout cela n’est pas sans s’immiscer dans ce spectacle au plaisir glissé. »
Jean-Pierre Thibaudat, Libération, le 11 mars 2005

« L’assassin sans scrupules fait recette. Ce spectacle tout public affiche complet pour les premières représentations à Bruay. »
La voix du Nord, 11 mars 2005

« La mise en scène et la scénographie assurées par Blandine Savetier, sobres et percutantes, mettent en valeur la tension dramatique montant graduellement tout au long du spectacle qui met en place une relation entre deux adolescents de 13 ans, issus de milieux différents. L’un, surnommé l’Hirondelle qui a une conscience aiguë de la violence du monde des adultes va entrainer l’autre, Hasse, à faire le mal et des actes qu’il ne désire pas, fasciné par sa force d’imagination et de conviction. Ce drame parle au jeune public des problèmes qui le touchent tout en ouvrant son imaginaire par l’esthétique du théâtre et l’invitation au rêve. »
L.C, La voix du Nord à Lille, le 22 mars 2007

« Coup de cœur : La mise en scène emprunte au cinéma les flash-back, ralentis ou accélérés. Un décor de neige -un écran de cinéma ?- nous emporte dans une atmosphère nordique. De cuisantes questions, prégnantes à tout âge sont évoquées : doit- on payer pour les larcins commis dans son enfance ? Est- il possible de vivre sans rêve ? Les acteurs par la sensibilité de leur jeu, transportent les spectateurs d’un lieu et d’une situation à l’autre. Chaque personnage est touchant et d’une poésie fragile. L’assassin sans scrupules est un défi lancé aux adultes. Les adultes représentés sont violents et insolents. Plus qu’à l’actualité ils renvoient au vécu de notre propre adolescence. »
Laurence Bertels, La Libre Culture, le 21 décembre 2005 (supplément culture de la Libre Belgique)

L’ASSASSIN SANS SCRUPULES

de Henning Mankell

 

Traduction
Terje Sinding

 

Mise en scène
Blandine Savetier

DISTRIBUTION
Avec
Jessica Batut, Catherine Baugué, Loïc Le Roux, Natalie Royer
Scénographie
Hervé Lesieur
Lumières
Gérald Karlikow
Costumes
Fabienne Varoutsikos
Son
Annabelle Brouard
PRODUCTION

Cie Longtemps je me suis couché de bonne heure 

Coproduction La Comédie de Béthune, Centre dramatique national du Nord-Pas de Calais | la Ville de Bruay La Buissière | ASBL Tôt ou T’Art

Avec le soutien du théâtre national de Bretagne | de la Communauté Française de Belgique | de la participation artistique de l’Ensatt | du Jeune Théâtre National

Spectacle tous publics soutenu par l’ONDA

DATE DE CREATION
mars 2005 Temple à Bruay-la-Buissière et à la Comédie de Béthune
TOURNEE

Théâtre de la Place à Liège | Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis


Reprise en 2007 Grand Bleu à Lille | Forum Blanc Mesnil à Paris | la Comédie de Béthune | Revest à Toulon | Théâtre Massalia à Marseille | Viry-Châtillon à Paris