LOVE AND MONEY Dennis Kelly

« Dans Love and Money, la consommation compulsive de biens matériels et son corollaire, la recherche effrénée d’argent, ravage l’amour qui avait uni David et Jess. L’avoir supplante l’être et le détruit.

La pièce de Dennis Kelly se déroule dans le contexte socio-économique du libéralisme triomphant qui a préparé la crise majeure que nous traversons. Et à bien des égards, elle est prémonitoire. Mais ce n’est pas une pièce à thèse, encore moins du théâtre didactique. Love and Money est du théâtre d’acteurs qui part et parle de la vie, et en le faisant soulève de grandes questions philosophiques, sociales et politiques.

Sa puissance tient à l’extraordinaire perspicacité de Dennis Kelly, sa capacité à aller à l’essentiel des comportements humains et sociaux avec une grande économie de moyens. Elle tient aussi à sa langue vive, faussement légère, à l’humour cinglant, acérée comme une lame qu’il dégaine de son fourreau quand on ne s’y attend pas. Elle tient enfin à sa construction virtuose, en sept scénettes, sept moments de vie d’une cruelle intensité, sept jours de la création et de la destruction d’un monde, qui nous font traverser une histoire par quelques bribes subtilement liées, laissant de grands espaces vides à l’imaginaire.

A l’origine, Jess se demande si l’univers est le fruit du hasard, elle se refuse à le croire. Dans la fusion de son corps avec celui de David, elle désire l’épouser. L’amour, la fusion avec l’être aimé, peut-il donner un sens à la vie ? Dennis Kelly ne donne pas de réponse, il donne à voir le grand vide que creuse en nous cette question de toujours, que nous cherchons compulsivement à combler par la consommation et le divertissement.

Dans la société du libre marché, l’Homme est une marchandise, un montant d’argent sonnant et trébuchant, une machine à jouir. L’amour se mesure en argent, en biens matériels que l’on peut acheter pour tenter de combler le vide existentiel de l’être aimé. Dennis Kelly décortique les mécanismes économiques et sociaux qui broient l’aspiration à l’amour et au sens, comment le rouleau compresseur de l’économie et la recherche compulsive de richesse déshumanisent le rapport à nos semblables. La virtuosité avec laquelle il fait comprendre la mise en place des prêts à risque, les subprimes, qui ont plongé le monde dans la crise, et cela trois ans avant son déclenchement, ferait pâlir d’envie les économistes qui s’échinent à nous l’expliquer aujourd’hui. Dennis Kelly ne juge pas, il montre des êtres à notre image qui se débattent entre ce qui leur reste d’humanité et une société où tout est fait pour la liquider. Les personnages sont brossés à travers des situations d’abord normales, puis mus par le désir de s’en sortir entre l’énorme pression sociale qu’ils subissent et leurs pulsions humaines, ils enchaînent en toute logique des actes qui les conduisent à la monstruosité.

En avançant masqué, revêtu du manteau de l’évidence bien-pensante, le consumérisme matérialiste nous a furtivement envahis tandis que la tyrannie du marché nous écrase de ses dogmes. La violence subtile de la langue de Dennis Kelly, forgée dans une esthétique rock, sa force dramaturgique, les démasquent dans les recoins de la société et les abîmes humains où ils se sont immiscés.

Dans la période de crise grave que nous traversons, économique, politique et spirituelle, Love and Money pose des questions essentielles :

- Qu’est-ce qui fait sens dans notre vie et quelle place y prend l’amour ?

- N’avons-nous pas laissé la marchandisation des échanges humains miner subrepticement les liens qui cimentent la vie ? »

 

Blandine Savetier

Ça ne va pas mal parce que ça va mal, ça va mal parce que nous sommes dans la crapule et que personne ne veut en démarrer.

La conscience n’est pas libre, elle est envoûtée.

Antonin Artaud

 

Propos recueillis par Pierre Notte en mars 2013 pour le Théâtre du Rond-Point

« Love and Money », est-ce que cela pourrait être traduit aussi simplement que « Amour et Argent », pourquoi le titre s’impose-t-il en anglais ? 

A l’oreille, « Amour et Argent » ne sonne pas. En tout cas, il y aurait un décalage entre un tel titre et la pièce de Kelly. Cela tient peut-être au fait que le mot « Argent » évoque un aussi un métal noble en Français, et que « Amour et Argent » n’induit pas en Français une opposition aussi frontale que « Love and Money » en anglais.

Il y aurait aussi quelque chose de littéraire dans un titre comme « Amour et Argent » (comme « Guerre et Paix »). Cela sonnerait comme un titre de poème, ou celui d’une épopée ou alors cela ressemblerait à un titre d’essai, un manifeste.

Ce n’est pas le cas avec « Love and Money ». Dans ce titre simple, on retrouve le côté tranchant, sans fioriture ni jugement de la langue anglaise. Le titre reste ouvert, il convient bien à cette pièce un peu inclassable, écrite en sept tableaux éclatés mais subtilement liés, où la société marchande Money exacerbe le manque d’être des individus Love.

La pièce s’impose-t-elle comme un manifeste ? Un poème ? Une épopée ? Une leçon ? Comment voudriez-vous qu’on la présente ?

Ni un manifeste, ni un poème, ni une épopée, ni une leçon. Même si la pièce a ses moments de poésie et qu’elle éclaire de façon remarquable certains mécanismes socio-économiques qui ravagent les Hommes dans les sociétés où triomphe le libéralisme.

« Love and Money » est avant tout une pièce de théâtre puissante, percutante, avec une langue de plateau, des personnages vivants et prenants, qui saisissent aux tripes. C’est la première qualité que je cherche. C’est une pièce violente aussi, dans le bon sens, c’est-à-dire qu’elle dérange, ne laisse pas indifférent, bouscule notre confort et donne à réfléchir.

Après, quand on traduit cette langue, ces situations sur un plateau, on fait bien sûr entendre les couches de sens : philosophique, politique, économique, moral mais il n’y a pas nécessairement besoin de le souligner. C’est une pièce qui a beaucoup à offrir. Mon rôle est de donner à l’entendre dans sa beauté brute, sa puissance, sa richesse. Chacun en prendra ce qu’il voudra ou pourra en tirer.

Il y a une seule scène qui pourrait être lue comme une leçon ; il s’agit de la scène 4 où des figures anonymes (1, 2, 3, 4, 5), qui pourraient être des traders ou d’anciens traders dans une banque, décortiquent le mécanisme par lequel ils mettent en place des prêts à haut rendement subprimes qui détruisent des individus. Elle explique avec des moyens simples des mécanismes complexes que les économistes ont beaucoup de mal à expliquer. Mais le mode d’écriture pourrait créer un effet didactique et il faudra un mode de traitement de la scène qui évite ce côté démonstratif.

– Faire entendre cette pièce, la donner à voir et le monde qu’elle dépeint, est-ce que cela vous semble relever de l’urgence ? De la nécessité ?

Oui, « Love and Money » décrit un monde où les personnages sont ravagés par la marchandisation des rapports humains, des êtres humains eux-mêmes et il y a urgence à faire entendre cette pièce, à donner à réfléchir sur ce qu’elle raconte. Comme metteur en scène, je m’attache avant tout à rendre l’écriture de Denis Kelly, sa puissance, son côté incisif, à faire œuvre de théâtre.

Mais ça ne m’empêche pas de faire aussi une lecture politique et philosophique de la pièce. Nous traversons une crise grave, économique, politique et spirituelle qui trouve sa source dans la révolution libérale lancée par Reagan et Thatcher. Le libéralisme débridé et son corollaire, l’individualisme, qui nous ont menés à ce désastre, représentent une théorie économique, politique et philosophique qui a triomphé au point de s’imposer comme une évidence. Après quatre années où nous avons constamment frôlé le désastre, nous n’avons tiré collectivement aucune leçon de l’échec de cette théorie. L’idéologie libérale est toujours toute puissante, les banques qui sont au cœur du système économique n’ont rien changé à leur comportement et les tentatives politiques de réguler leurs activités se cassent les dents sur leur puissance.

Or, au cœur de l’idéologie libérale, se trouve la conviction que tout relève du marché. Les grands idéologues du libéralisme économique, comme Gary Becker de l’école de Chicago, étaient d’avis que même le mariage est affaire d’offre et de demande. Cette manière de penser le monde et les rapports humains au sein de la société a tout pénétré, sous couvert de neutralité du marché, qui serait objectif, au-dessus des idéologies. Elle est au cœur des comportements et des questionnements des personnages de « Love and Money ». Par exemple, dans la scène 5, Duncan, ce « loser » qui propose à la jolie Debbie de lui faire gagner de l’argent par tous les moyens, dit aussi à cette dernière que leur grand secret à tous deux est de savoir au fond de leur cœur que ce monde n’est pas juste, même si en façade, ils font comme si tout était normal.

Or un nombre croissant de penseurs (économistes, sociologues et philosophes) remettent en cause cette soi-disant neutralité du marché. Récemment, Michael Sandel, qui enseigne la philosophie morale et politique à Harvard a écrit un livre passionnant « What money can’t buy » qui montre comment la soi-disant neutralité du marché véhicule en fait une vision de l’homme et des valeurs qui modifient en profondeur le fonctionnement de nos sociétés.

J’aimerais beaucoup organiser un débat avec Denis Kelly et Michael Sandel ou d’autres philosophes qui remettent en question la vision libérale en pensant l’homme dans la société. Il y a une urgence à faire un travail critique en profondeur sur des présupposés du libéralisme qui nous ont envahis et qui ont une influence pernicieuse sur nos comportements.

Sept

 

Jess : Je ne pense pas que nous ayons envie d’être seuls, si ? C’est ça qu’on veut ? Est-ce bien ça qu’on veut ? Et parfois on se dit que la seule raison pour laquelle on fait ce qu’on fait, c’est pour tendre la main et pour toucher
juste toucher, juste pour
sentir
quelque chose
dans notre main, ou plutôt dans notre cœur, j’imagine et, que notre âme tende vers quelque chose et comprenne que tout ça n’est pas que de la poussière et des cailloux, des explosions nucléaires au cœur des étoiles et puis, comme par accident, un peu de matière organique qui se baladerait sur une toute petite planète minuscule. Vous voyez ce que je veux dire ?
Faire ce lien-là ?
Juste faire le lien.
Et on regarde autour de soi, non, et on pense « alors c’est ça ? Tout le monde a l’air de penser que c’est ça, bon ben je vais faire ça alors, je vais avoir un travail et une maison et les chaussures qu’il faut et je vais, vous savez, parce qu’il se peut que ce soit ça » et je ne dis pas que ce n’est pas ça et c’est très bien toutes ces choses et je déteste quand les gens sont juste à critiquer et tout parce qu’on porte tous des chaussures
bon Dieu, alors, vous voyez, mais
parfois, je me pose
des questions
et je me demande si les autres sont aussi
perdus
et se posent aussi des questions et peut-être que la planète est remplie de gens qui se posent des questions mais on fait mine de savoir exactement ce qu’on fait d’être parfaitement adaptés et de ne pas avoir peur ou de se sentir perdus ou
seuls
ou quoi que ce soit de ce genre…

 

Deux

Père : Quinze mille, vingt mille

Mère : La tombe de cette vieille salope de grecque

Père : Vingt mille livres au moins

Mère : Qui faisait de l’ombre à celle de ma petite fille

Père : Notre petit bébé chéri

Mère : Qu’on a laissé partir

Père : Notre petite fille couchée là sous la terre avec un mari qui ne lui rend jamais visite

Mère : Sales

Père : Trop occupé à vendre, trop occupé par son boulot, par son cher boulot pour se rendre compte

Mère : Cons

Père : Pour se rendre compte que lui aussi il avait laissé partir notre petit ange

Mère : De Grecs

Père : Et je me retrouve là devant le monument de Mme Keriakous

Mère : Dix-neuf mois depuis que notre bébé

Père : Et je sens la puissance
Vraiment
Une sensation… de puissance. La puissance face à l’argent. La sensation d’être dans mon droit. La sensation d’accomplir une bonne action. Le triomphe des petites gens. Ou quelque chose comme ça.
Et puis
J’ai soulevé la masse et je l’ai balancé sur le crâne de la Vierge Marie, une sensation incroyable. Je l’ai balancée contre les colonnes qui se sont brisées, désintégrées en poussière blanche et j’avais l’impression d’être Dieu lui-même, quand le toit a fini par céder c’est comme si j’avais eu de l’acier en fusion dans les veines et j’ai éclaté de rire quand la reproduction du portrait sur la pierre s’est cassé en trois morceaux avant de s’effondrer.
J’ai eu la sensation que ma fille était…
En train de revenir.
Comme si ma petite Jess était ramenée à la vie.

Mère : Il a écrit « métèque » à la bombe sur les ruines

Père : Que ça ait l’air d’un acte de vandalisme

Mère : Que ça ait l’air d’être au hasard

Père : J’ai pissé partout dessus

Mère : Un peu exagéré

Père : j’ai chié sur le portrait détruit

Mère : Ca, ça ne m’a pas plu

Père : Sale connasse de pute de Grecque, ma fille, ma fille

Mère : On a fait ce qu’on devait faire.

Père : On a même fait l’amour cette nuit là.

Mère : Tu n’as pas besoin de raconter ça.

Père : Excuse-moi. Mais on l’a fait.

 

Trois

 

Val : Ils croyaient tous en quelque chose, tout autant que moi, mais ils ne s’en rendaient pas compte et ils faisaient mine de croire en d’autres choses, tu me suis ?

David : Je ne suis pas sûre que

Val : Paul a été très à gauche

Paul : Je vote encore travailliste.

Val : Je ne crois plus en Dieu.

David : Non ?

Val : Non. N’est-ce pas Paul ?

Paul : C’est sûr que non.

Val : Et à quoi je crois désormais, Paul ?

Paul : Au fric.

Val : A l’argent. Je crois à l’argent.
David
C’est mon truc maintenant.
David.
Et de la même façon qu’une plante prend de l’oxygène et des nutriments et se sert de la photosynthèse pour transformer la lumière du soleil en énergie, je prends des clients et des employés et je me sers du travail acharné pour produire du fric, putain. Je suis une photosynthétiseuse de fric.

David : J’ai besoin d’argent tout de suite

Val : IL y a un système d’échelons, on est obligés de te faire débuter au deuxième échelon.

David : Tu as débuté à quel échelon ?

Val : Au cinquième. Mais j’ai une licence d’études commerciales.

David : J’ai une licence.

Val : De lettres. Tu as une licence de lettres, David. C’est la seule façon, n’est-ce pas Paul ?

Paul : La seule façon.

David : Tu as débuté où ?

Paul : Au cinquième échelon.

Val : Mais c’est différent.

David : Val, putain j’ai besoin d’argent.

Val : Paul, tu peux nous laisser une minute.

Paul se lève et sort. Il va pour s’excuser mais elle lui fait signe de se taire. Un temps.

Tu as déjà sucé la bite d’un mec ?

David : Quoi ?

Val : C’est une façon de gagner de l’argent.

David : Val

Val : Jess ou toi pourriez sucer des bites, vous prendre en photo et les vendre sur internet.

Il rit à moitié. Pas elle. Un temps.

Je connais quelqu’un qui fait ça. Sérieux. Il se fait un bon paquet avec ça.

Quatre

 

2. Un jour vous vous rendez compte qu’une bonne partie des gens à qui vous refusez un crédit obtient ce crédit par d’autres moyens

1. D’autres moyens moins respectables

3. Mais de nos jours on peut toujours trouver du crédit

2. Et ils paient des taux d’intérêt incroyablement élevés

1. Parfois l’équivalent d’un taux d’intérêt annuel de quatre vingt-quinze, voire de cent pourcent.

2. Vous avez même entendu parler de taux pouvant atteindre cent soixante pour cent.

4. Alors vous vous demandez si vous ne devriez pas leur proposer

2. Non pas la formule qu’ils ont demandée

1. Non

3. Et désolé si ça a l’air un peu ennuyeux, car en fait c’est assez excitant

2. Mais une autre formule pour des gens dont le taux d’endettement est trop élevé pour la formule qu’ils ont demandée

3. Vous voyez ? Vous voyez ?

2. Et bien sûr puisque leur taux est plus élevé ils paient plus cher

3. Ce qui est logique

1. Moins malgré tout, qu’ils ne paieraient par les canaux les moins respectables, donc en quelque sorte vous leur faites une faveur

4. Le business, c’est comme ça que le business

2. Et vous regardez le total que vous pouvez gagner sur les intérêts d’emprunt

1. Et vous regardez le total que vous pouvez perdre en cas de défaut de paiement.

5. Et vous retranchez le second total du premier et vous vous rendez compte que la différence constitue un paquet de cash appréciable

3. Un profit très appréciable même pour ses employeurs et ses actionnaires

4. Et votre job c’est de faire le plus de profit possible pour votre employeur et ses actionnaires, c’est là pour ça les actionnaires, c’est le but même de

2. Et vous réalisez que c’est bien l’une de ces idées. Vous savez ?
Une de ces idées qui se présente, une de ces idées géniales de ces idées géniales.
Et d’une certaine manière vous sentez que cette idée géniale – et c’est idiot sans doute – que cette idée géniale vous a été envoyée d’en haut.

3. C’est idiot

2. C’est idiot et vous savez que c’est idiot, et vous ne le croyez pas, mais c’est le sentiment que vous avez

3. Et vous savez que vous tenez votre chance, le monde vous ouvre les bras, il y a comme un alignement qui s’opère, comme une brèche qui s’entrouvre, et ça ne durera que quelques secondes, bon d’accord, pas tout à fait, mais c’est comme ça que vous le ressentez, comme si…

2. Et vous savez que quelqu’un d’autre va forcément avoir la même idée, d’un jour à l’autre, des idées comme ça, ça ne reste pas en l’air très longtemps

5. Et la question que vous devez vous poser est la suivante :
« Serez-vous celui qui est resté sur la touche ? »

1. «  Serez-vous celui qui est resté spectateur ? »

2. La question que vous devez poser est simple : « Quel genre de personne êtes-vous ? »

2. Oh oui ça se passe toujours bien, mais il se peut que votre esprit se prenne à vagabonder et à revenir vers ces gens, ceux du second total, et il se peut, même si vous essayez de ne pas y penser, il se peut que vous vous surpreniez à penser que certains de ces chiffres correspondent à des

4. Gens

2. Parce qu’après tout ce sont des gens

4. Vous n’êtes pas responsable,

2. Non, bien sûr

3. Nous sommes tous des adultes quand même

2. Mais

4. Vous n’êtes pas responsable, mais

2. IL se peut que vous pensiez à ces gens

3. Dans l’adversité et c’est un mot idiot, oui, comme sorti tout droit du XIXe siècle, oui, mais c’est le mot qui vous revient constamment à l’esprit

2. L’adversité c’est idiot mais, l’adversité

1. Et il se peut que vous vous mettiez à considérer ce qu’une personne fait à une autre personne comme une chose. Une chose réelle je veux dire. Et que, d’une certaine façon, les systèmes et les chiffres et la manière dont nous faisons ces choses ne sont pas réels, même si tout ce qu’on a pu nous enseigner nous a appris à croire qu’en vérité ils ne le sont pas, et que la seule chose qui soit réelle est cette chose que vous avez faite à un autre être humain. Et curieusement vous commencez à vous sentir seul. A part. Et il se peut que vous commenciez à penser – et là c’est vraiment idiot – mais il se peut que vous vous mettiez à repenser à quelque chose que vous avez vu dans un documentaire, une fiche écrite en allemand qui faisait partie d’un système de classement – et vraiment ce n’est pas du tout la même chose, c’est ridicule – mais il se peut que vous pensiez à la personne qui a inscrit ces chiffres terribles sur cette fiche, et comment elle a dû se dire que c’étaient des chiffres et juste des chiffres et il se peut que vous vous demandiez comment elle a réussi à vivre avec, et bien que ce soit idiot bien que ce soit ridicule et bien que vous sachiez que c’est idiot et que ce n’est vraiment pas du tout la même chose, vous savez que d’une certaine manière ça l’est un peu, que c’est dans la logique de l’enchaînement des choses, et vous n’arrivez pas à vous sortir l’image de cette putain de fiche de la tête.

« Pour l’Anglais Dennis Kelly, le néolibéralisme conduit à la marchandisation de l’individu… L’écriture de Love and Money alterne les dialogues vifs et nerveux, les séquences heurtées, violentes et les monologues tendus, habités, quasi philosophique, dans un texte qui conte à rebours l’histoire d’un couple ravagé par la quête insatiable d’argent… Dans cette vie, quelle valeur, quelle place pour l’amour ?
Autant de questions que l’auteur brasse, incisif, dans une esthétique tendance rock sur fond de tonalité romantique, la mise en scène de Blandine Savetier plonge dans l’univers technologique déshumanisant où sont pris les personnages : échanges de mails, écrans de visions urbaines… Sur le devant de la scène ou apparaissant derrière des vitrines mobiles, les comédiens s’emparent du texte et se jettent ardemment dans cet univers où le virtuel dévore le réel. Une condamnation radicale du libéralisme à outrance qui donne à réfléchir, défendue avec ardeur par Guillaume Laloux, Gilles Ostrowsky, Laurent Papot, Irina Solano, avec une mention spéciale pour Julie Pilod. »
Annie Chénieux, Le Journal du Dimanche, 25 mars 2014

 

« Eminemment politique, la pièce dit, sur un rythme trépidant, la violence urbaine, la destruction du sens et de l’amour par l’argent. Blandine Savetier la met en scène dans un décor saturé de nouvelles technologies qui font ressortir la froideur électrique, le cynisme d’un monde ultralibéral, en épousant ainsi la fragmentation et les soubresauts. Avec justesse et sensibilité, Julie Pilod (Jess) et Guillaume Laloux (David) donnent bien toute la mesure d’un monde sans boussole. » 
Sylviane Bernard-Gresh, Télérama Sortir, 26 mars 2014

« Love and Money fait grincer les dents et impressionne par son implacable lucidité. […] Bénéficiant d’une mise en scène survoltée et tranchante, la pièce souligne avec violence l’enlisement progressif dans la course au profit. […] Les cinq acteurs plein de la fougue de la jeunesse s’emparent du plateau avec un bel abattage. Un travail admirable qui mérite vraiment de s’y attarder. »
Thomas Ngo-Hong, hierautheatre.com, 13 mars 2014
 

« La mise en scène rythmée et incisive éclaire avec clarté les différentes strates individuelles et collectives animant les personnages. […] Les comédiens accompagnent avec une vitalité convaincante les cheminements contrastés des protagonistes. Ils sont tous excellents et contribuent à l’aboutissement d’un spectacle tonique, qui avive les consciences. »
Jean Chollet, Webthea, 30 mars 2014
 
« Une mise en scène douée du souci visible de laisser le texte respirer mais aussi les acteurs jouer. Mention spéciale dans ce domaine à Irina Solano, avec ses faux-airs à la Carole Bouquet, tout en métamorphoses et en rupture. » 
Eric Demey, La Terrasse, mars 2014

LOVE AND MONEY

de Dennis Kelly

 

d’après la traduction de
Philippe Lemoine
en collaboration avec
Francis Aïqui

 

Mise en scène
Blandine Savetier

DISTRIBUTION
Avec
Guillaume Laloux, Gilles Ostrowsky, Laurent Papot, Julie Pilod, Irina Solano
Dramaturgie
Waddah Saab
Scénographie
Sarah Leee, Olga Karpinsky, Blandine Savetier
Son
Romain Crivellari
Costumes
Olga Karpinsky
Lumières et vidéo
Daniel Lévy
Réalisation décors & costumes
Théâtre National de Strasbourg
PRODUCTION

Centre Dramatique National de Besançon Franche-Comté | Théâtre National de Strasbourg | Théâtre du Rond-Point | Maison de la Culture de Bourges | Théâtre d’Arras-Tandem DouaiArras | Le Phénix, Scène Nationale de Valenciennes

Avec le soutien de la DRAC Nord-Pas de Calais | du Conseil régional Nord-Pas de Calais | du Conseil général du Pas de Calais | de l’Adami

Le texte Love and Money est édité chez l’Arche, éditeur et agent théâtral du texte représenté.

DATE DE CREATION
le 15 janvier 2014 au Théâtre National de Strasbourg
TOURNEE

du 15 au 26 janvier 2014 création au Théâtre National de Strasbourg

du 4 au 7 février CDN de Besançon Franche-Comté

les 11 et 12 février Théâtre d’Arras en coréalisation avec l’Hippodrome de Douai

le 14 février Théâtre d’Auchel en coréalisation avec la comédie de Béthune

du 18 au 20 février CDR de Tours

du 6 mars au 6 avril Théâtre du Rond-Point, Paris

du 15 au 17 avril Maison de la culture de Bourges

DATES A VENIR