STABAT MATER Jean-Pierre Siméon

Stabat Mater Furiosa est un texte de combat et d’utopie. C’est le combat d’une femme, conscience universelle, contre la fatalité de la guerre et ses horreurs et l’utopie d’un monde sans guerre, de l’humanité domestiquant enfin ses pulsions meurtrières.

Tout le long de ce poème dramatique « celle qui refuse de comprendre », oubliant sa douleur, se jette avec fureur dans le combat contre l’homme de guerre, son implacable logique, ses raisons d’Etat et sa raison des « causes et des effets ». Elle veut convaincre, vaincre ensemble l’homme de guerre qui sommeille en chacun de nous.

Mais toute utopie s’adosse et s’oppose à une réalité désenchantante qu’il faut dépasser. Celle des guerres vieilles comme l’humanité, toujours recommencées. Celle des innombrables victimes innocentes, anonymes qui hantent nos consciences. Celle de cet esprit de guerre qui semble si profondément inscrit dans la nature humaine et qui, comme dit Jean-Pierre Siméon, fait de chacun de nous à un moment « un dieu de la guerre ».

Alors cette femme, armée de son verbe, fait la guerre à l’homme de guerre. Elle qui est résolument du côté de la vie et de l’amour s’en prend à la vie qui porte l’esprit de guerre, ce qui la met dans une ambiguïté tragique.

La difficulté est inouïe mais l’utopie est un combat permanent pour un idéal qui reste à venir. C’est un songe. Tout comme « l’obstination du cerisier fait jaillir la lumière des fleurs », notre révolte obstinée et nos cris répétés peuvent faire éclore des hommes différents. Des hommes chez qui la force et la raison ne seraient plus faites pour détruire mais pour créer et multiplier ce qui leur a été donné.

Monter aujourd’hui Stabat Mater Furiosa de Jean Pierre Siméon, c’est porter le songe de sa voix féminine: la révolte recommencée contre la fatalité de l’horreur portera bien un jour un fruit. De même que l’enfant du Sacrifice d’Andreï Tarkovski arrose obstinément un arbre mort jusqu’à le faire fleurir, il adviendra peut-être de nos cris obstinés un homme différent, plus conscient de ses limites, plus capable de compassion et d’abandon.

Ce songe, c’est la raison de l’espoir. Et cet espoir est simplement indispensable pour vivre.

Le texte écrit d’un souffle, est une composition musicale avec des thèmes qui reviennent, lancinants, tout au long de son développement. Dans ce poème dramatique, il n’y a pas de notion de personnage, Stabat Mater Furiosa est un cri qui chante, écrit en vers libres. Son lyrisme, nécessaire à la violence du discours qu’il porte se suffit à lui-même et ne s’accommoderait pas d’une emphase dans la diction.

Sur le plateau, trois actrices portent la parole de combat de cette femme au visage multiple, d’hier ou d’aujourd’hui, parole sans concession mais traversée de paradoxes. Elles sont les porte-parole d’une humanité meurtrie et tiennent allumée la fragile flamme d’espoir qui conduit au songe.

 

Blandine Savetier, mars 2002

Un texte fascinant Somptueux comme un poème, ce texte n’a rien de dramaturgique. Et pourtant Blandine Savetier l’a mis en scène, et cela donne un fascinant et long monologue onirique où trois femmes admirables (Rosario Marmol-Perez, Nathalie Royer et Blandine Savetier) lui donnent vie en lui prêtant leur voix presque calmes et neutres, avec des éclats vite domptés lors des colères irrépressibles. Elles déclament comme une prière ce texte frémissant d’une poésie intense, aussi beau qu’une page aux phosphorescences étranges de Sylvie Germain, avec une émotion contenue, une ferveur fébrile et beaucoup de pudeur. Une superbe et incandescence prose contre la guerre.
Edgar Davidian, L’Orient, Le jour, mars 2002

Tout est urgence autant qu’éternité dans cette parole que Blandine Savetier met en scène simplement, sobrement, la laissant monter, implacable, dans l’espace où se dressent, voisines des corps fugaces sous leur manteau peint de ciel, de ville, de champs, des silhouette graciles, immobiles, compagnes du silence, jalons de ce verbe intime et universel.
Marie Baudet, La Libre Belgique, 22 mars 2002

STABAT MATER FURIOSA

de Jean-Pierre Siméon

 

 

Mise en scène et scénographie
Blandine Savetier

DISTRIBUTION
Avec
Sophia Leboutte, Rosario Marmol-Perez, Patrizia Berti,
puis en tournée  Nathalie Royer

Lumières
Gérald Karlikow

Sculptures
Maggy Jacot
Peintures manteaux
Claire Dubois
Costumes
Odile Dubucq
Travail du corps
Nicoletta Branchini
Travail vocal
Lucy Grauman
Régie
Julie Petit-Etienne
PRODUCTION

Tôt ou T’art | Cie Longtemps je me suis couché de bonne heure | Théâtre Océan Nord 

Coproduction Ministère de la Communauté française de Belgique (Service des Arts de la Scène) | CIFAS (Centre International de formation en Arts du Spectacle) | ONDA (Office National de Diffusion Artistique)

DATE DE CREATION
mars 2002 Théâtre Océan Nord à Bruxelles
TOURNEE

2003-2004
Théâtre Océan Nord à Bruxelles | Centre Wallonie-Bruxelles à Paris | Festival de Pierrefonds | Théâtre National de Beyrouth dans le cadre des Manifestations du Sommet de la Francophonie | Festival des sept Collines à Saint-Etienne